Tout récemment notre gouvernement élu nous annonce une (autre) nouvelle « béton » qui servira à « optimiser » ENCORE UNE FOIS un plan destiné à faire du pognon là où il n’y a pas, tout en ignorant les dommages collatéraux ! Ils vont encore couper des postes : 32.3postes équivalents à temps complet pour « économiser » 4.8 mil de dollars. Et ils nous assurent d’une façon véhémente que la population n’y sera pas touchée et que les services offerts seront exactement les mêmes. Donc tout « baigne dans l’huile »! Or, c’est ça qui fait peur le plus : les soins déjà d’une qualité douteuse, la surcharge de travail énorme et épuisante garantissant inévitablement un « burn-out » général risquent vraiment être « les mêmes » sinon pire.
Les « sages » de notre économie provinciale, bien assis derrière leur bureau, regardent la réalité à leur façon, étudient les tableaux et leurs statistiques froides et impersonnelles et pensent savoir ce qu’il faut, pour faire plus avec moins. J’inviterais ces bureaucrates bedonnants sortir de leur cage en cristal, oublier un moment leurs privilèges royales et mettre une seconde leurs sourdes oreilles par terre pour écouter « le pouls » et enlever juste une petite seconde leur lunettes fumées qui les protégent plus contre la réalité que des rayons UV. La réalité pourrait faire mal, messieurs et mesdames !
Faisant partie de cet « autre coté de la barricade », assistant à des moments pénibles où mes collègues et moi-même mettons souvent en doute si notre choix de carrière était bon, dans un contexte où tout est « bordélique », lourd et inhumain lorsqu’un patient ou une patiente ne peut pas avoir ce qu’on doit lui donner surtout : des soins adéquats, leur attribuer une quantité suffisante de temps pour écouter leur doléances, leur offrir une épaule solide et réconfortante, leur tenir la main lorsqu’ils sont seuls dans leur dernier moment de vie… Non, messieurs, mesdames, nous n’avons plus le temps pour faire tout ça ! Nous avons pas assez d’oreilles pour tous les écouter, pas assez d’épaules à leur offrir pour s'appuyer dessus, nos soins sont rapides, froides, impersonnelles, tout comme vos statistiques et vos rapports bidon. Et vous savez quoi ? Depuis quelques années il y a une maladie contagieuse qui circule et qui s’installe, une maladie qui n’est pas répertoriée par aucun de vos rapports- l’OMS l’ignore elle aussi- une maladie qui vient directement de chez vous : la bureaucratie !
Voulez-vous une autre statistique ? Je ne la mettrai pas dans un graphique ou tableau imprimé sur papier lustré, mais je vais vous la décrire seulement ! Si on chronométrais le temps que nous pouvons se permettre pour soigner un patient ou une patiente versus le temps que nous devons passer pour remplir des tonnes de paperasse, cocher des cases, appliquer des protocoles déjà préfabriqués pour des situations générales, recopier tout ça dans 36 endroits différents, information des fois inutile mais terriblement redondante, vous allez peut-être être atteints d’une culpabilité difficilement évitable, car ma statistique est plus choquante, plus réelle et en plus qui n’emmène absolument rien à ceux qui ont besoin plus de nos soins que de nos papiers bien remplis. On nous dit qu’on doit remplir ces foutus papiers pour se protéger le derrière contre des poursuites judiciaires… Bien sûr qu’il faut se le protéger! Le cercle vicieux oblige ! Il est impossible dans cette situation qui nous pousse au-delà de toute limite humaine de tout faire, impeccablement, sans reproche, « by the book », pour de plus en plus de patients, pour une génération « babyboomeuse » arrivée à des âges vénérables, très hypothéquée et qui requière des soins complexes, englobant plusieurs services qui coûtent cher. Les médecins, les infirmières, les infirmières auxiliaires et autres professionnels de la santé en ont trop de patients dans leur ratio quotidien, n’arrivent pas à tout faire, à bien faire d’ou les erreurs, les oublis, les grosses gaffes, les décès… Et les poursuites judiciaires s’en suivent évidemment ! La boucle est bouclée, le cercle est serré et le blâme est jeté juste sur eux, pas sur ceux qui imposent un système pourri, inefficace et soutenu en vie artificiellement, mais surtout inutilement. La population ignore ce qu’il se passe en arrière des paravents, la fiabilité, la crédibilité sont royalement mises en doute, le respect diminue, on chasse les fantômes d’un système décédé, décharné et inadapté à la réalité du présent, d’une crise provoqué et maintenue pour faire peur et manipuler les masses. La dissension entre les soignants et les bénéficiaires s’accentue, gangrène le peu de bon sens du squelette de notre système de soins, le gouvernement en ajoute encore plus de combustible pour mieux entretenir le feu qui démolit et qui divise pour qu’ils règnent mieux.
Sommes-nous dans une impasse sans espoir de s’en sortir ? Faut-il chercher un quelconque model suédois ou extraterrestre pour remplacer notre système désuet d’allure somalienne ? Pire encore, ces jours l’employeur fait un pseudo concours pour trouver « la meilleure idée » dans nos rangs, les employés ! Ils veulent que NOUS leur donnons des idées comment faire pour éviter des coupures de postes, ou ils osent même de demander NOTRE avis sur qui doit être coupé en premier et qui doit rester ! C’est la totale, quoi ! Dans les histoires biblique un certain Ponce Pilat avait aussi utilisé un bon lavage des mains hyper septique pour s’enlever tout reproche de la part des partisans d’un Jésus condamné… Imaginez donc le climat post apocalyptique où on se montrera de doigt les uns les autres en se soupçonnant comme étant la cause des malheurs des autres ! C’est vraiment un coup bas, sale et complètement vidé d’humanité ! L’écrivain français Jérôme Deshusses écrivait dans un de ses livres, « Délivrez Prométhée » : « La nature ne pardonne pas, n'oublie rien... Des coups, elle peut en supporter mille et rendre soudain non pas œil pour œil mais apocalypse pour chiquenaude. » Méfions nous des apocalypses sociales !
Dan Popescu